{introduction}
               

of walls & men*
des murs et des hommes


En juillet 2002 commençait la construction du mur entre l'état d'Israël et les territoires palestiniens de Cisjordanie, 13 années après la chute du mur de Berlin et des états communistes. Jusqu'alors ne subsistait qu'un mur entre les 2 Corées, et un autre séparant l'île de Chypre en 2, les territoires du nord étant occupés depuis 1974 par l'armée turque (35 000 hommes) et non reconnus par la communauté internationale. Nicosie reste l'ultime capitale européenne divisée par une frontière matérialisée. Matérialisée est bien le mot parce qu'en Irlande du Nord, la frontière est dans les têtes, entre catholiques et protestants. Pourtant le "Freedom Wall" est une matérialisation de cet antagonisme qui existe depuis les 2 guerres civiles en 1921. Un cessé le feu a été signé en 1994.

Les Etats-unis se protègent de l'immigration des pays d'Amérique latine par une immense frontière en béton et barbelés que des milliers de mexicains essayent de franchir chaque jour, dans l'espoir de réaliser le rêve américain. Et puis il y a ces murs qui ont gardé les traces de la guerre civile, c'est le cas en Ex-yougoslavie (Croatie, Bosnie Herzegovine, Serbie-Montenegro). [...]

"Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts"
{Isaac Newton}
 
[...] C'est dans le but de faire un état des lieux de ces murs qui séparent les hommes au lieu de les rassembler, que j'ai un matin d'août 2002, pris mon sac à dos et commencé à réaliser des reportages photographiques en noir et blanc, enrichis de carnets de voyage (écrits+croquis). La première étape fut "les murs de la honte" en ex-Yougoslavie (2002) , suivi de "The green line" à Chypre (2005) et suivra "Peace Line" en Ulster|Irlande du Nord (courant 2005).

 

 

 

"démolir le Mur en pensée prendra plus de temps qu’il n’en faudra à une entreprise de travaux pour faire le même travail " {Peter Schneider}
"Le monde est dangereux à vivre ! Non pas tant à cause de ceux qui font le mal, mais à cause de ceux qui regardent et laissent faire"
{Albert Einstein}
 

[...] Le projet se décompose ainsi: Murs d'Europe: "Les murs de la honte" (Croatie, Bosnie Herzegovine, Serbie Monténégro) illustre le sujet des guerres civiles, "The Green line" (République de Chypre, turkish cypriot administered area) les divisions politiques, "Peace Line" (Ulster), illustrera le sujet des inimités religieuses, "rêve d'ouest" (Berlin, Allemagne) illustrera le cloisonnement de la reproduction sociale, "Les oubliés du Goulag" (Fédération de Russie), illustrera la répression politique. Murs d'Asie: "Route 181" (Israël, Cisjordanie), "le mur de la déraison" (Corée du sud, Corée du nord). Murs d'Amérique: "la barrière économique" (Etats-Unis, Mexique).

Notons que l'Inde envisage à son tour de se doter d'un mur qui la séparerait du Pakistan aux fins d'éviter les incursions de terroristes islamistes en territoire indien.[...]

[...] Une petite note d'espoir, en rappelant que Mahmoud Abbas a remporté les élections palestiniennes le 09 janvier 2005 avec 62,32% des votes, ouvrant la voix à nouvelles négociations, Israël annoncait le 04 février 2005 son intention de retirer ses troupes de certains territoires, enfin, le 06 février 2005, le principal groupe armé palestinien exprimait sa volonté de déposer les armes.

Il est difficile de faire une distinction entre raisons politiques, animosités religieuses, convictions idéologiques et intérêts économiques pour expliquer le fait que les hommes en viennent à construire des murs plutôt que des ponts pour reprendre les mots de Newton. Quoi qu'il en soit, l'ignorance, l'incompréhension, la peur de celui qui habite de l'autre côté, n'y sont jamais étrangères. Dans "L'Axe du Loup" Sylvain Tesson écrivait en 2004: "L'enfer c'est le voisinage. Parce que nous le connaissons mieux, ce qui est proche effraie d'avantage que ce qui est lointain". Si la destruction du pont de Mostar (Stari Most), le 9 novembre 1993, fut malgré lui le symbole de la rupture communautaire en Bosnie Herzégovine, sa reconstruction fut celui du rapprochement. " Nous sommes présents à Mostar afin de faire revivre un patrimoine exceptionnel qui, après avoir été pris pour cible, doit devenir un signe de ralliement, un signe de reconnaissance, le symbole fort d’une identité plurielle construite sur une confiance réciproque ", déclarait Koïchiro Matsuura (le directeur général du l'UNESCO). [...]

[...] "Of wall and men", des murs et des hommes en français, est un clin d'oeil à "Of mice and men" (des souris et des hommes) écrit en 1937 par le romancier humaniste américain John Steinbeck.

Le projet s'appelle "Des murs et des hommes", pourtant il n'y a pas de gens sur ces photos. Pourquoi un choix si radical? Ce sont des no man's land, il n'y a plus d'habitants dans ces maisons, ces rues, ces avenues. J'ai malheureusement rencontré quelques familles vivant dans ces ruines, à Sarajevo à Vukovar et à Nicosie (côté administré par les turcs chypriotes), mais la plus grande partie des populations se sont déplacées.

Le parti pris a été de traiter les lieux visités comme des villes fantômes, et suggérer la présence "passée" des hommes en ces lieux, cela peut être discutable, mais c'est un choix. Le discours est le suivant: "il y avait des hommes, la vie, ici, avant. Avant quoi ? La guerre". Et ce sont des hommes qui sont responsables de l'état de ces murs, ils ne sont pas tombés tout seuls. Quant à photographier des hommes devant ces murs, le photographe Frédéric Sautereau a déjà traité le sujet, quand au travail de Raymond Depardon sur la guerre du Liban, je ne me souviens pas y avoir vu de présence humaine. C'est peut être dû à une certaine pudeur à photographier des gens (identifiables) dans le malheur, même si les photos auraient pu être plus touchantes. [...]

[...] Je veux parler à travers ce travail, de l'Homme avec un grand H, ne pas dénoncer particulièrement les serbes, les croates, les bosniaques, les grecs, les turcs, etc., parce que c'est aussi arrivé il y a 60 ans en Europe occidentale et nous ne sommes pas à l'abri que cela recommence un jour. La Slovénie (ex-Yougoslavie) est limitrophe avec l'Italie, donc ce qui s'est passé, s'est passé à côté de chez nous. Ce travail est seulement dans la Suggestion. Ce n'est pas à du photojournalisme pur et dur, parce qu'il traduit peut être plus un ressenti qu'une réalité à proprement parlée. C'est une prise de conscience personnelle que je voudrais faire partager.

 
© 2002- 2005, Tous droits réservés 2002-2005 THIERRY COMPARATO.